Notre invitée du jour, la philosophe et sociologue Hélène Mialet, s'interrogera autour de la question suivante : « Qui se cache derrière le mythe Stephen Hawking ?»
Stephen Hawking est décédé le 14 mars 2018
Parmi les grands mythes modernes, certains sont liés à la science, tel le cerveau d’Einstein épinglé par Roland Barthes dans ses Mythologies. Dans cette lignée de l’« homme-cerveau » a pris place plus récemment Stephen Hawking, le génial astrophysicien anglais immobilisé dans un fauteuil roulant par une maladie dégénérative, ce qui ne l’a pas empêché de percer les secrets des trous noirs, d’occuper la chaire d’Isaac Newton à Cambridge, ni d’écrire des best-sellers mondiaux, comme sa Brève histoire du temps dans les années 1990.
Empruntant aux ethnologues leurs outils d’enquête et d’analyse, Hélène Mialet a entrepris d’en savoir plus et de comprendre comment s’est édifié le mythe Hawking. Première surprise : Hawking est certes un homme comme les autres, mais aussi un ensemble complexe d’individus et de machines interconnectés. Second sujet d’étonnement : si on reste à distance du personnage, on peut s’en faire une image relativement nette – celle, uniformisée, que proposent de lui les médias. Or, plus on s’approche physiquement de lui, plus l’image se brouille... Quant à savoir où se trouve Stephen Hawking, quelque part entre le mythe et la réalité, l’énigme reste entière. Et le lecteur, au bout de l’enquête, comprend qu’il en a autant appris sur lui-même, et sur la façon dont se vit la science, que sur le héros de l’histoire (4ème de couverture du livre A la recherche de Stephen Hawking paru chez Odile Jacob).
Hélène Mialet. Après avoir été chercheur et/ou professeur à l’Institut Pasteur, à l’Université de Cambridge, d’Oxford, à l’Institut Max Planck de Berlin, à l’Université Cornell de New York, puis à Harvard, Hélène Mialet enseigne aujourd’hui au sein du département de Rhétorique à l'Université de Californie, à Berkeley. Philosophe, sociologue et anthropologue des sciences, ses travaux portent sur l'invention scientifique, la subjectivité, la cognition distribuée, la relation hommes-machines.